« Putaing-cong, on se les pèle ici » ont été les tous premiers mots de Charlotte sur le quai de la gare des Bénédictins.

Partie un an travailler en Centre Hospitalier à Brive la Gaillarde, Charlotte revenait hier matin sur sa terre de toujours, Limoges. Ses amis, impatients de la retrouver, étaient venus en nombre dès potron-minet pour l’accueillir en grande pompe. Ils ont alors découvert une Charlotte nouvelle à sa descente du train.
Pleinement épanouie par son expérience professionnelle, elle étrennait ici à, leur plus grande surprise, un petit accent mystérieux et bien différent de celui qu’on entend traditionnellement dans les coins, pas tout à fait empreint de la farigoule et de la garigue provençales, mais pas loin. « Tu ne nous avais pas dit que t’étais à Brive, Chacha ? » charrie une ancienne camarade de promo. « Si, pourquoi ? » s’étonne Charlotte. « C’est vrai, t’as mis un petit accent » renchérit alors son frère, Richard. […] S’ensuit un petit blanc qui l’a mis mal à l’aise mais trêve de digressions oiseuses, l’essentiel est ailleurs, ils l’étreignent tous dans de chaleureuses accolades de retrouvailles et l’amènent retrouver leurs bonnes vieilles habitudes d’antan autour de quelques pintes dans un troquet.

Douze mois, c’est ce qu’il aura suffi à « Chacha » pour s’accoutumer aux traditions locales et à leur accent irrationnel et inintelligible qu’on peine à expliquer 84 kilomètres plus au Nord. Alors qu’elle fait l’inventaire de son année à Brive, Charlotte est interrompue dans son élan par sa best-friend qui tique « j’te coupe mais c’est vrai que …». Il n’en fallait pas plus pour provoquer la levée de boucliers de la principale intéressée « Non, c’est faux et archi-faux. [Elle coupe] Vous fabulez mes amis, je ne suis pas revenue avé l’accent du sud. » S’indigne-t-elle passablement agacée avant d’habilement botter en touche « Arrêtons avec ça s’il vous plait et parlons d’autre chose : t’y as vu comment je suis bronzée ? » […] Nouveau blanc dans la discussion puis la conversation reprend son cours, Charlotte continue de conter ses formidables aventures dans le terroir de Patrick Sébastien et de faire l’éloge de son travail et de ses anciens collègues. Deux bonnes heures passent, les bières défilent au fur et à mesure que le récit de Charlotte fuse, il commence à se faire tard, les bons amis trinquent une dernière fois et regagnent chacun leur domicile.

C’est alors que sous les coups de 3h du matin, en plein sommeil, Richard reçoit l’appel d’un proche de Charlotte :

–         « T’es vraiment sûr qu’elle était à Brive, ta frangine ? Elle ne nous baratine pas ?

–         Pourquoi tu dis ça ?!?!

–         Va voir sur Facebook… »

Richard raccroche et s’empresse d’allumer son ordinateur.

facebook-brive-accent-sud

Devant son ordi et les « like » estampillés « 19 », à sa lecture et relecture, Richard rit jaune et ne sait point comment interpréter l’ambigüité de ce statut. Il tâtonne, il vacille, il s’interroge, il est circonspect : simple plaisanterie de sa frangine pour titiller ses amis taquins ? Mouais, bof. Ou plus recevable : ne perpétuerait-t-elle pas cette insoluble énigme ancestrale qui nous vient de nos voisins brivistes et qui échappe à notre raison ?

La mystère demeure.

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