C’est l’histoire d’un boucher, Robert, installé aux halles depuis 23 ans et bénévole dans un club de foot du département.
Célibataire de longue date, inscrit sur Meetic et Badoo, régulièrement présent aux soirées speed dating, il n’a cessé de multiplier les initiatives pour mettre un terme à sa solitude. En vain, des résultats peu concluants et beaucoup de désillusions.

85193-eve-angeli-637x0-1«  Les filles, elles ne me comprennent pas » « J’ai l’impression de leur parler dans une autre langue » . L’incompréhension, c’est le sentiment qui domine quand on lui demande pourquoi il n’arrive pas à charmer sa promise.  Au fil des années, Robert a donc nourri une amertume tenace envers le sexe opposé. 
Il a pourtant tenté de se conformer aux rites de la séduction en révisant son approche et sa garde-robe, en faisant étalage de son opulence, mais rien n’y a fait. 
A mesure des revers essuyés, Robert en est donc arrivé au constat que son célibat résultait d’une « une incapacité neuronale chronique et génétique » de la femme à le cerner.  

« Quand on voit qu’elles comprennent pas la règle du hors-jeu » argue-t-il pour étayer sa position. « C’est pas une femme qui aurait inventé la bombe à neutrons »

Pour la journée de la femme, « Bébert », comme on l’appelle aux halles, a donc décidé de trancher dans le vif et de mettre un grand coup de couteau dans le lard de la bêtise.
De 6h du matin jusqu’à la fermeture, on a pu voir devant son étalage une pancarte « -50% sur la cervelle ».

Provoquant l’ire des autres bouchers qui ont dû s’aligner sur cette remise, Robert revendiquait fièrement ce « coup de pouce à l’humanité »: « C’est le recours ultime.  Il faut savoir employer les grands moyens. Si ça c’est pas une mesure couillue ! » se gargarisait-t-il sous les yeux stupéfaits de ses homologues.
Amassant inévitablement la foule devant sa boucherie, c’est habité d’un sentiment de devoir salutaire qu’il a servi toute la journée de la cervelle enveloppée dans sourire débonnaire qui ne trahissait pas.

Mais tous n’étaient pas dupes. Robert n’a pas réussi à berner tout son monde. Des clients habituels ont décelé la perfidie et ont contacté une association féministe pour qu’elle monte au créneau.
« Macho », « pauvre mec », « vieux garçon aigri », « bande mou », un véritable lynchage sur les réseaux sociaux où chacun y est allé de ses petits mots fleuris. Après une journée faste, Bébert est désormais la cible d’insultes virulentes et d’un appel au boycott prochain de sa boucherie. 

Qu’à cela ne tienne, à défaut d’avoir trouvé l’antidote à sa solitude, Robert pourra toujours se satisfaire d’avoir réalisé son chiffre d’affaires du mois.

C’est toujours ça de pris.

2 COMMENTAIRES

  1. Cet article sur la cervelle à moitié prix est très très drôle. Ce boucher a beaucoup d’humour et je n’y vois pas de misogynie primaire. Etant moi-même confrontée aux mêmes désillusions concernant la gent masculine, je peux comprendre cet honorable boucher qui n’a du tomber que sur des gourdasses car il y en a aussi.

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