égleton enterrementC’est vrai que, dans le fond, on s’est déjà tous plus ou moins posé la question. Il faut dire qu’elle intrigue par son insolubilité, car le moment venu, on n’est plus là pour constater.

Un besoin de reconnaissance à l’origine

De fait, il nous faut jauger différemment notre « côte de sympathie » – en utilisant des baromètres de substitution.
Il s’avère que les réseaux sociaux sont de formidables indicateurs de popularité, à condition de ne pas trop s’exhiber non plus : on poste une publication sur la toile, et on attend de voir si « ça buzz ». Plus on obtient de « Like », plus on est plébiscité, donc plus on a d’amis et…plus il y aura de monde lors de notre mise en bière.
C’est aussi simple que cela. D’ailleurs, ce constat empirique se vérifie chaque année depuis de la Renaissance.

Oui mais voilà, comment faire si on habite une contrée où l’accès aux réseaux sociaux est limité, voire inexistant ? Comment répondre à ces questions qui nous hantent tous et nous triturent l’esprit ? Est-on aimé, apprécié, ou non ? Manquera-t-on ? L’incertitude demeure.
Il existe toujours le chien du village, l’enfant du pays ou encore la boulangère que tout le monde convoite, mais pour les autres ?

Gabriel, diplômé d’un Master en informatique à Paris mais revenu dans le giron familial pour reprendre la ferme de ses grands-parents, avait semble-t-il trouvé la parade.

Il avait coupé son portable depuis 1 semaine

égleton enterrementUne aubaine pour lui, « Gabi » a la chance d’occuper l’un des 3 foyers du village équipés d’une connexion internet. Mêlant son savoir-faire universitaire à sa volonté irrépressible de lever le voile sur cette question existentielle, il a mis en oeuvre une supercherie qui fera date au rayon « Faits divers » de la commune. 

En usant de ses compétences informatiques, il a donc « hacké » le quotidien régional Le Populaire du Centre, qui publie chaque jour dans sa rubrique « Avis d’obsèques » l’inventaire des personnes qui nous ont dit adieux.
Il y a fait apparaître son nom dans l’édition du 23 juin, alors qu’il ne répondait plus à son portable depuis une semaine pour accréditer son entourloupe. 

C’est ainsi qu’était mentionné dans le Popu de lundi, tiré en 80 000 exemplaires :

Roger et Yvonne XXX, ses parents,
William et Bernard, ses frères,
Berthe, sa compagne ; Juliette, sa maitresse,
Ses cousins, cousines et amis vous font part du décès de :

Monsieur Gabriel XXX

Survenu le vendredi 20 juin 2015, à l’âge de 26 ans.
Les obsèques auront lieu le mardi 23 juin, à 14h30, à l’église d’Égletons.

La famille remercie par avance toutes les personnes qui s’associeront à son deuil et qui témoignent de leur soutien.

Retour au point de départ

égleton enterrementPendant 24h, les cartes de condoléances ont fusé dans la boite aux lettres de la famille, les larmes ont coulé, les chrysanthèmes ont défilé dans les rues d’Égletons, mais finalement, à quelques minutes de son propre enterrement, Gabriel a été surpris par un policier municipal perché dans un arbre donnant sur le cimetière d’Égletons, alors qu’il épiait à la jumelle les allers et venues devant le caveau familial.
La mascarade s’arrêta là, sans avoir pris une ampleur démesurée pour autant puisque ses proches l’avait démentie au préalable.
Ingénieux mais étourdi, Gabriel avait laissé quelques signes de vie dans sa ferme où le mangeoire des poules avait été réapprovisionné le matin même. Un détail qui annihila totalement son plan.

Une entreprise tuée dans l’oeuf prématurément, par conséquent un cimetière désert à 14h30, à son plus grand désarroi, Gabriel ne sait toujours pas à 26 ans s’il fait consensus dans son environnement malgré beaucoup d’efforts.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre maintenant, si tout ce qui importe Gabriel est sa « côte de sympathie », il devra redoubler de créativité pour accoucher d’une idée plus fructueuse à l’avenir.

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