limoges bellegarde aéroportChaque été, les Limousins essuient la déferlante migratoire de grands rouquemoutes écarlates outre-Manchots qui prennent leurs quartiers dans la région, par famille de 8 ou 12 ou 15, et se déflagrent le gosier à grands coups de beuveries – à toute heure – et de gueuletons avinés interminables dans les troquets jonchant le cinéma ou bien chez l’inépuisable Mamy Bigowde de la rue Charles Michel – oubliée du Guide Michelin, certes, mais qui a de bonnes miches, c’est tout ce qu’on lui demande.

« On pensait que c’était un canular, une caméra cachée »

Samedi 29 août – 19h40: Rachel et Courtney se soumettent à leur tour au détecteur de métaux pour embarquer dans l’avion qui doit les ramener vers leur terre natale.

« On pensait que ça allait être une simple formalité, décrit le papa des deux adolescentes. On prend l’avion 3 à 5 fois par an, et on n’a jamais eu de problème. » Et pourtant.

En cause, des contrôles renforcés depuis l’attentat avorté du Thalys et l’intransigeance – un tantinet trop servile – des forces de l’ordre présents à l’aéroport ce jour-là: « On n’a fait qu’appliquer les consignes de nos supérieurs. Ils nous ont dit que si ça bipe, c’est niet ; ça a bipé, alors c’était niet ».
Fouilles au corps, scanner, radiographie, s’en sont suivies 2 heures vaines de procédures et de passage à la loupe et l’avion en direction de Londres décolla sans la famille anglaise.

Une vigilance accrue et des douaniers bouchés à l’émeri

« On était à mille lieues d’imaginer qu’on allait rester à quais. On pensait qu’en dépit de preuves manifestes, on allait pouvoir embarquer, mais non ! »
« Comme on avait mangé des lentilles le midi, témoigne la mère, je les ai envoyées à la selle. Sait-on jamais ? Mais non ! » 

Dimanche 30 août – 02h17 : la famille de touristes est maintenant retenue depuis 5h en sandales-chaussettes dans le bureau des douanes.
Elle s’évertue tant bien que mal à persuader les fonctionnaires de leur bonne foi, mais rien n’y fait. Elle prend son téléphone pour joindre le consul d’Angleterre, il dort. Les deux adolescentes repassent une énième fois aux cribles du détecteur, même résultat.

Il aura fallu attendre le petit matin que les premiers rayons de soleil viennent se briser sur l’appareil dentaire d’une des deux adolescentes pour que le calvaire prenne fin.

« On a cru que nos parents allaient nous laisser là »

« J’ai tilté à ce moment-là, sourit le père. Je me suis dit: « nan, c’est pas possible ?! » Et si ! C’était bien ça. Je ne vous dit pas le soulagement ! »

Dimanche 30 août – 06h42 : dépêché par le directeur de l’aéroport, un orthodontiste urgentiste libère les deux adolescentes de leur monture métallique et valide de ce fait, au terme de 11h de calvaire, leur passage au détecteur de métaux.

« On a cru jamais voir le bout du tunnel, souffle Rachel dans un français imparfait. On culpabilisait beaucoup, on voyait le regard soupçonneux de nos parents qui emplissait d’heure en heure. On a eu peur qu’ils nous abandonnent ici. Mais maintenant, nous sommes libres ! »


Crédit image: ateliers4 

LAISSER UN COMMENTAIRE