saint yrieix la perche enfantTout fout le camp. En l’an 3 après la fin du monde, il subsiste encore quelques gugusses qui perpétuent la litanie oiseuse de rites ancestraux et archaïques, absolument éculés – jadis inhérents à la réputation du patronyme sur la place du marché – dans l’espoir léger mais assumé de faire « bonne figure » à l’inconnu accoudé à notre gauche, pour montrer qu’à la maison « on pisse droit ».

Conservateur, en voilà un mot qui commence mal

Ces indénombrables banalités d’usage – confinant bien souvent à la bêtise -, politesse de bas-étage, absurdités mensongères d’une droiture artificielle, malheureusement pas encore tombées en désuétude, Lucas en a fait les frais à son anniversaire.

« Lucas a maintenant un certain âge, confiait le père en marge de son anniversaire. Il doit se comporter comme un enfant responsable et…présentable ». Ainsi, il entendait tout particulièrement : ne plus mettre les coudes sur la table, par exemple ; ne pas quitter le repas avant sa fin, fut-il long et ennuyeux ; et se plier au bon respect du « tchin » des deux coupes en s’accointant du regard avec son vis-à-vis.

« Il est le symbole de cette génération Z qui prend la parole sans qu’on la lui donne »

La grand-mère maternelle abonde: « On l’avait prévenu qu’à 8 ans, il ne pourrait plus déroger à ces règles, et qu’on serait regardant sur cet aspect. Il en va de l’image qu’il renvoie, mais surtout de la nôtre. Celle de la famille. Faut qu’il s’en rende compte. On est pas n’importe qui à Saint-Yrieix »

« On a laissé passer jusqu’à l’an dernier, reprend le père, maintenant il entre en sixième dans 3 ans, c’est temps de durcir le ton. On le considère comme un adulte, qui doit se comporter comme un…adulte. » Donc acte.

Au préalable, Lucas avait été mis en garde qu’il allait être rigoureusement épié tout au long du repas. « Il savait qu’on allait être attentifs à ses moindres faits et gestes. Très attentifs. On ne l’a pas pris au dépourvu, il avait été alerté » confie la mère.

Vouer aux gémonies le jour de son anniversaire

Emporté par les joies de son huitième anniversaire, Lucas s’est malheureusement oublié à l’instant fatidique. « On lui avait pourtant répété 10 fois, 20 fois, 100 fois, mais penses-tu ?!?! Il avait les yeux rivés sur ses cadeaux… »

« Impardonnable », « intolérable », « une ignominie pour la famille », « on va passer pour quoi, maintenant ? »

Ainsi Lucas a été sommé de quitter la tablée, avant même que le repas commence. « On ne veut pas de ça à notre table », fulmina sa mère en le retirant de sa chaise.
C’est donc parqué dans sa chambre qu’il aura passé une majeur partie de la journée, celle qui devait l’honorer.

Un bien triste épilogue pour son anniversaire, ça va sans dire, mais, enfin, il fallait bien ça « pour qu’il comprenne une bonne fois pour toute » justifie le père.

 

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