Manque d’appétit, envie d’ailleurs et repli sur soi-même. Le quotidien des enfants tullistes pose désormais problème.

Dimanche 10 avril, 16H à Tulle. Le petit Quentin, 6 ans, fête son anniversaire avec ses copains d’école. Dans la demeure familiale, l’ambiance semble à la fête. Les ballons de baudruche accrochés aux murs, des rires et des répliques de cour d’école. Quelques mètres plus loin, dans le jardin, notre envoyé spécial découvre pourtant l’envers du décor.

« Ils font semblant d’aller bien, mais c’est un trompe-l’œil » 

Luca a 5 ans. Ayant sauté sa classe de CP car il savait déjà faire ses lacets, celui-ci fait figure de modèle auprès de ses camarades. Quand on lui demande son ressenti sur cet après-midi, son diagnostic est sans appel.

« Tout ceci n’est qu’hypocrisie. Ils semblent s’amuser mais la situation est chaotique. Demain matin, je vous parie une chocolatine qu’ils seront tous en train de pleurer à la récréation. Quel est notre avenir ? Parents au smic, flou quant à la politique extérieure du pays, je ne suis pas dupe. On nous dit de bien étudier à l’école pour avoir un travail mais regardez qui a de l’argent aujourd’hui. Les joueurs de foot, les chanteurs, et ceux qui font travailler ceux qui ont bien étudié avant. Et en étant à Tulle, je peux vous assurer que c’est mal barré pour taper la balle. On ne me la fait pas, j’ai remarqué le comportement de ceux qui nous gouvernent à chaque élection. Ils ne racontent que des bobards, pour nous manipuler. Même mes parents se font avoir, tellement heureux d’avoir négocié un crédit pour leur voiture, et bénéficiant d’une sécurité de l’emploi relative »

Morosité de la ville, aucune perspective d’avenir, résignation dès le plus jeune âge

Se joignant à la conversation, Emma, la soeur de Quentin, 8 ans, confirme les dires du petit Luca. « CM1 cette année, et après ? On m’a forcé à apprendre les règles d’orthographe pendant toute ma scolarité, et désormais on les change. Avec un peu de chance, demain, on va me dire que 6*6 font 48. Je suis à la fois révoltée et désabusée. Je vais faire quoi de ma vie, dans une société dont le leitmotiv semble être le nivellement par le bas? J’ai une seule envie, c’est de faire un Erasmus Youth pour aller voire si l’herbe est plus verte ailleurs. Et encore, même ça, ça m’énerve. Pourquoi sans arrêt parler en anglais ? Nous sommes en France, assumons notre langue. ». Au bord de l’implosion, Emma nous laisse pour aller s’effondrer en glissant une dernière phrase assez révélatrice : « pays des lumières, mes fesses oui. »

Tandis qu’une récente étude avait démontré que les adolescents tullistes (de 10 à 65 ans) étaient les plus enclins à la dépression en Corrèze, cette enquête exclusive tirera – on l’espère – le signal d’alarme.

 

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