Il nous a fallu patience et abnégation pour l’avoir. Après un énième message laissé sur son répondeur, il a enfin daigné nous rappeler. Son attaché de presse nous avait vendu « un scoop retentissant », d’où notre acharnement ; aujourd’hui, il nous ouvre les portes de son caveau pour « réhabiliter l’Histoire » et « tordre le cou à toutes les idées reçues ».
Nous l’avons donc retrouvé à Saint-Gilles-les-Forêts, bourgade du canton d’Eymoutiers où il vit reclus depuis 2005.
Ancien instituteur et maire de Limoges (1945-47), figure tutélaire de la résistance limousine et traqué par Vichy, Georges Guingouin s’était fait une petite notoriété grâce au sobriquet « Préfet du Maquis » qu’il s’attribua lui-même.

Le Fopulaire : Bonjour Georges, vous viviez terré depuis maintenant 10 ans, pourquoi prenez-vous la parole aujourd’hui ?
Georges Guingouin : Je viens faire mes aveux, tout simplement. J’avais de plus en plus de mal à me regarder dans une glace. Surtout avec toutes ces commémorations depuis 2 ans (ndlr : les 70 ans d’Oradour-sur-Glane, de la Libération de Limoges et l’Armistice), comme je suis cité à chacune d’entre-elles. Je n’étais plus en paix avec moi-même. Pour tout vous dire, j’avais honte.

« Je demande pardon »

L.F. : Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ?
G.G. : Tout simplement parce que j’étais aculé. Impossible de faire machine-arrière.
J’aurais été traité de fou, de sénile, de révisionniste. Personne ne m’aurait cru tellement c’est invraisemblable. Vous imaginez, un peu, le tollé ?!?! Leur dire : « tout ceci, c’est de la fiction » ? On m’aurait interné.

L.F. : Pourtant, le maquis du Limousin, la bataille du Mont Gargan, le sabotage des lignes de chemin de fer, tout ceci est avéré par les historiens.
G.G. : Plus ou moins. Enfin, moins que plus. Les historiens français nous servent constamment une soupe franchouillarde, démago et mensongère. C’est bien connu. Ils veulent sauver l’honneur de la France et condamner l’ennemi. Vous voulez un exemple ? Ils disent tous que les Allemands ont exterminé des millions de juifs. C’est totalement faux ! Il y a eu beaucoup de suicides ! […] La parole d’un historien vaut autant que celle d’un arracheur de dents.

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21 août 1944, Libération de Limoges : Georges Guingouin vole la vedette aux maquisards limousins

« La bataille du Mont Gargan a été mise en scène pour un reportage propagandiste »

L.F. : Vous ne pouvez quand même pas nier tout ça. La résistance limousine, c’est factuel ; au Mont Gargan, il y a eu des morts ; la Libération de Limoges, vous y étiez.
G.G : Je ne le nie pas totalement, je dis que l’histoire a été travestie. La résistance limousine, elle était surtout au sud de la région. Nous, nous coulions des jours heureux.
On dormait sur nos deux oreilles (rires). La bataille du Mont Gargan, elle a été mise en scène avec des armes factices pour un reportage propagandiste.
Quant au 21 août 1944, oui, je défilais en tête du cortège. On avait fait de moi la figure emblématique du mouvement maquisard et libérateur du Limousin, je n’allais pas refuser ce moment de gloire.

Suite à venir…

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