Rentrée 2016. Au traditionnel panel d’activités périscolaires qu’ont reçu les parents d’élèves – calligraphie, hip-hop, percussions, escalade, etc – est venu se greffer un tout nouvel atelier : « Lego & Duplo, grandeur humaine ».

L’appellation est séduisante ; la présentation l’est tout autant : « Atelier initiatique sur les différents corps de métier du BTP. Les enfants apprendront à faire du ciment, utiliser un marteau et un tournevis, brancher un interrupteur, édifier un muret et couler une chape. Un seul mot d’ordre : sécurité ». Sans aucun préalable d’âge, de taille ni de sexe.

Une opération de com’ rondement menée

Habile dans son opération de com’, le service Vie scolaire de la mairie a réussi son coup. Les inscriptions explosent, les enfants brûlent d’impatience à l’idée d’enfiler le bleu de chauffe et ce, au grand bonheur des parents qui voient là un intérêt concret et formateur : « Le mien n’a pas hésité une seconde, relate une parente d’élève. Qui n’a jamais pris la truelle de papa pour jouer dans le bac à sable ? »

Les retours laudatifs sont nombreux – d’autant que c’est une aubaine pour les parents, qui  n’auront plus à attendre l’adolescence pour déléguer les travaux ménagers que leur paresse inhibe. « On veut agrandir la maison d’un étage l’été prochain, ce sera l’occasion de mettre en œuvre ce qu’il aura appris pendant l’année et, nous, de profiter pleinement de la piscine. »

En somme, tout le monde y trouvera son compte. Le leurre a parfaitement fonctionné et l’adjoint au maire chargé de l’urbanisme, Vincent Léonie, n’a plus qu’à se frotter les mains. « Mimile m’a demandé de trouver rapidement une solution pour le chantier du Nouveau Stade. Je crois que j’ai visé juste », nous avait confié à la Frairie des petits ventres, fier comme un bureau de tabac, celui qui passe ses matinées au Golf de la porcelaine.

Ingénieuse idée de l’ancienne majorité, le projet du Nouveau Stade est aujourd’hui à l’arrêt complet. Prestataire en faillite, fissures constatées dans les gradins et procédures judiciaires interminables, l’achèvement à court terme des travaux de rénovation relevait, jusqu’à ce trait d’esprit, du monde d’Eve Angeli : « On le traîne depuis trop longtemps, il salit l’image de la ville et nous limite dans nos entreprises. J’ai donc enjoint la Vie scolaire de mettre à contributions nos enfants, qui nous doivent bien ça après tout ce qu’on fait pour eux. »

Le cynisme porté à son apogée

Un défi de taille pour la direction de la jeunesse, retrouvée mêlée à un dossier qui n’était pas de son ressort. Mais qu’importe, à la mairie, on ne manque pas d’ingéniosité et de malice. « Suffisait d’user de la docilité des parents et de l’insouciance des marmots pour maquiller l’escroquerie ». Banco ! A l’heure où nous rédigeons ce papier, près de 3500 élèves, de 6 à 11 ans, s’étaient inscrits à l’atelier « Lego & Duplo, grandeur humaine » pour la première session des activités périscolaires octobre-janvier de l’année scolaire 2016-17 – soit, un bon tiers des effectifs de la ville.

Enfants, chantier, stade, limoges, ateliers périscolaires

Chaque soir de la semaine, se relaient donc les élèves des 37 écoles élémentaires de Limoges. Et les associations de parents d’élèves n’y voient que du feu. « On prend soin d’eux, assure Vincent Léonie. On leur confie des tâches à leur mesure et on veille à leur sécurité. Ils sont ravis, croyez-moi. »

La réalité est un peu plus sombre. En effet, nous avons infiltré les travées de l’édifice et le constat est, pour le moins, accablant. S’il est vrai que la sécurité est bel et bien respectée, on ne peut pas dire autant des « tâches à la mesure de leur physique » : les plus frêles sont dépêchés pour décharger les palettes des camions quand les CM2, eux, doivent se fader les allers-retours dans les gradins avec un parpaing de 25 kilos dans chaque main. Qu’il pleuve, qu’il vente, « aucune absence n’est justifiable », l’exploitation va bon train.

« Travaille et ferme ta gueule »

Le tableau interpelle et fait froid dans le dos. Mais Vincent Léonie sait comment maintenir ses troupes à flot et négocier leur silence. Quand les moins gaillards croulent sous la fatigue, il martèle, encourage, sermonne : « Limoges a besoin de vous ! Relevez-vous et continuez ! Limoges a besoin de vous ! ». Et pour l’omerta, rien de plus simple : 3 bonbecs par tête en fin d’atelier, et c’est gagné. La parade est trouvée, rien ne fuitera.

Si corruptibles à cet âge-là, ça augure une belle carrière politique devant eux.


Crédits photo : Lafarge Foot Avenir