LandeYves

La liberté d’expression, c’est compliqué. Parce que la liberté d’expression a des limites. Et que souvent, ces limites sont très difficiles à définir. Par exemple, dire que Nadine Morano est une grosse conne, est-ce de la diffamation, une injure ou tout simplement du journalisme ?

Vous voyez, c’est dur. Mais quand il s’agit d’humour, c’est encore pire. Pour ma part, j’ai longtemps considéré que l’humour n’avait aucune limite, contrairement à l’intelligence qu’il faut parfois pour le comprendre, ou tout du moins l’accepter.

Le problème, c’est que des gens limités, y’en a un paquet. En l’occurrence, le 7 janvier 2015, deux gars salement limités se sont illustrés, en faisant de Charlie Hebdo une bande décimée. Ce jour-là, comme beaucoup, j’ai découvert que si les mots peuvent blesser, des dessins pouvaient tuer.

Et c’est précisément le problème de l’humanité. L’amour utilise un arc et une flèche alors que visiblement, la haine préfère la Kalachnikov.

Comment expliquer ça à un gosse, hein ? Je me souviens de la réaction du mien devant les flashs info. Décontenancé, il m’a demandé : « Papa, papa, moi aussi je risque de mourir si je fais des dessins ? ». J’ai pris un instant pour réfléchir et lui ai simplement répondu : « Mais non mon grand, t’inquiètes pas ! Evidemment que tu ne vas pas mourir si tu dessines ! Enfin sauf si c’est sur les murs du salon, comme la dernière fois ». C’était un peu provoc, mais il a ri. Et ça lui a fait du bien autant qu’à moi.

Le droit au blasphème, c’est même sacré

Alors oui, les mecs de Charlie étaient constamment dans la provoc. La question n’est pas de savoir s’ils avaient tort ou raison. Qu’est-ce que ça change ? Ce que je sais en revanche, c’est qu’ils avaient probablement un autre dessein que de terminer le corps entouré d’un croquis à la craie. Pourtant, j’ai encore en tête certaines postures… « Oui, enfin, bon, ils l’ont un peu cherché aussi »… C’était intolérable. Sérieusement, y’a vraiment des gens qui pensent qu’ils cherchaient à mourir ? Les mecs militaient contre les religions, pas pour l’euthanasie.
Bien sûr, leurs caricatures de Mahomet ont pu heurter. Mais honnêtement, n’est-ce pas déjà un putain d’amalgame de penser, ne serait-ce qu’un instant, que les musulmans, TOUS les musulmans, sont tellement limités qu’ils sont incapables de second degré ou d’un minimum de tolérance ?

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que si la liberté d’expression a des limites, le blasphème n’en est pas une. C’est même un droit fondamental dans notre société laïque. Je dirais même que le droit au blasphème, c’est sacré. Pour une raison très simple : s’il suffisait qu’une seule personne croit en quelque chose, pour qu’on interdise la possibilité d’en rire, ce serait la fin. Attendez, il y a bien des gens qui croient encore dans les politiques. Et sous ce prétexte, on ne devrait plus se foutre de la gueule de Manuel Valls ? Ce serait encore plus triste que le programme de François Fillon.

La liberté d’expression a parfois ses limites…

Et puis si on va par là, quelque part, ne pas croire en Dieu, c’est une croyance en soi. Et face aux convictions des athées, dans ce cas, tous les croyants blasphèment. Malgré cela, parmi les athées, aucun n’a jamais fait irruption dans les locaux du magazine La Croix pour vider un chargeur en criant : « Personne n’est grand ! Bande de chiens de fidèles, vous n’êtes pas les arrières-arrières-arrières petits enfants d’Adam & Eve, vous êtes tous les lointains descendants d’organismes unicellulaires ! ».

La vérité, c’est que la liberté d’expression, c’est vrai, des fois ça picote. C’est comme ça. Des fois même, ça fait chier. Mais ce n’est pas une raison pour se comporter comme une merde et envisager de cribler de trous de balle le corps d’un contradicteur. Et puis, si vous avez un doute, renseignez-vous. Faites un échange Erasmus avec la Corée du Nord. Vous verrez que l’absence de liberté d’expression, c’est encore moins un bon délire.

Il y a des limites, oui. La vraie diffamation sur une personne, c’est violent. L’injure à son endroit, pareil. Les propos appelant à la haine, qui rassemblent notamment l’apologie de crimes contre l’humanité, les propos antisémites, racistes ou homophobes, tout ça c’est dégueulasse.

…Mais la censure n’est pas une réponse

Mais même là, vous savez quoi ? Je serai plutôt pour libérer la parole. Car si je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire et que vous passiez pour un gros con aux yeux de tous, voire mieux, que vous mangiez du ferme lors de votre procès.

Sincèrement, si vous êtes persuadé que quelqu’un déverse un torrent de conneries, le meilleur moyen de lui causer du tort, c’est de le laisser s’exprimer.

C’est aussi ça notre société. La liberté de toutes les expressions, même les pitoyables. Et il faut la défendre cette liberté, car elle est fragile. Il faut l’attiser, sinon sa flamme vacille.

Il faut l’utiliser, encore et toujours. Car la liberté d’expression, c’est exactement l’inverse d’une gomme. C’est quand on ne s’en sert pas qu’elle diminue.


Lande Yves / @LANDEYves

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