Mardi 13 septembre. Jour de rentrée des classes. Tout juste le temps de reprendre ses marques, de découvrir sa nouvelle promo et de « péter une clope » sur le parvis, que les étudiants de Master sont appelés, formation par formation, à se rassembler dans l’amphi 500 de la faculté.

« Il faut les décomplexer et les former aux rouages du parfait chômeur »

Après quelques politesses d’usage et une brève présentation de l’année universitaire, le doyen de la faculté avise ses assemblés : « Cette année, nous avons intégré un séminaire d’une journée à vos programmes, qui nous a semblé nécessaire et tout à propos et vous sera d’une grande utilité une fois diplômés de notre fac. […] Vous en saurez plus très rapidement ». Rideau. Laissant ainsi planer le mystère et jaillir quelques interrogations chez les étudiants, qui tenteront bien de lui tirer les vers du nez. En vain.

Plus loquace le lendemain au micro de notre journaliste dépêché pour lever l’inconnu, il détaille en profondeur : « On est confrontés à la réalité des choses. En 2016, le marché du travail demande plus de VRP en cosmétique que de diplômés en lettres modernes. Les élèves en sont conscients. Ils se savent dans une impasse. Du coup, la dépression bat son plein dans les promos de Master ».

Et pour cause, aussi nobles leurs études soient-elles, les récipiendaires de la fac de lettres se heurtent chaque année à un monde sans pitié qui ne veut pas d’eux. Exceptés de rares cas isolés, nantis d’un projet pro béton, ou les quelques qui se dirigeront vers l’éducation nationale, la grande majorité connaitra la précarité, l’oisiveté et les tâches subalternes.

Limoges, fac de lettres, étudiants

« Quitte à jouer de la guitare devant la Mie Caline, autant être heureux »

« Au mieux, ils seront caissiers à Aldi ou Leclerc ; sinon, on les retrouvera à faire de la slackline sur les bords de Vienne ou jouer de la guitare devant la Mie Caline. »

Tantôt ostracisés et toisés, moqués du regard ou pointés du doigt, l’étiquette de chômeur est fardeau insupportable pour les néo-diplômés. Les sentiments d’humiliation et de culpabilité s’élèvent à leur comble. « L’idée est donc de rompre avec cette image négative du chômeur. Qu’ils soient non pas fiers d’être chômeurs mais l’assument et se disent : « Boh, de toutes façons, on n’emportera rien au paradis ». […] Le défi est de taille, mais on se sent investis d’une vraie mission. »

De ce fait, les étudiants auront donc le privilège d’une journée dite « Les bienfaits d’être chômeur » au cours de leur second semestre. Au menu, des petits ateliers initiatiques de jonglerie et de bonneteau ; des échanges avec d’anciens pensionnaires qui se recyclent dans le festival « Urbaka » ; le panel des émissions cultes qui jalonneront leurs journées d’inertie (Motus, Slam, C dans l’air …) ; un don à chaque étudiant du manuel La vente à la sauvette pour tous ; etc etc.

« Notre but est qu’à la fin de la journée, ils soient totalement décomplexés et aient compris les rouages du parfait chômeur […] Nous les évaluerons à cet effet. »

Les étudiants seront évalués à cet effet

Ainsi, in fine, il sera demandé à chacun d’entre eux de répondre, via à PowerPoint de 30 à 40 slides, à « Qu’est-ce qu’un bon chômeur ? », devant un jury composés des meilleurs chômeurs de la région et d’un représentant des Restaurants du cœur.

La note sera déterminante dans la validation du Master en fin d’année. En effet, coefficientée 8 et UE à part entière, elle attestera ou non de l’aptitude d’un étudiant à zoner dans les rues de Limoges. Au cas contraire, le doyen est formel : « le redoublement s’imposera ».

Et oui ! Etre chômeur, ça se mérite !


Crédit photo : L’étudiant

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