Jeudi 27 octobre. Vous l’avez très probablement lu dans notre premier magazine « Limoges dans 100 ans » (au cas contraire, vous venez de rejoindre Christine Boutin et Dave dans notre estime) : le siècle prochain va être jalonné de constructions toutes plus saugrenues les unes que les autres.

Au « Nouveau stade », véritable gouffre financier dont on peine toujours à trouver une explication rationnelle, viendront ainsi s’ajouter : une piste de bobsleigh au cœur de Limoges, en 2021 (début des travaux imminent) ; un viaduc de 48 kilomètres reliant Saint-Léonard à Verneuil, en 2039 ; une base aérospatiale sur les hauteurs de la Cité, à l’orée des années 70 ; et…et…et, clou du spectacle, un tunnel de 70 mètres de long par 7 de diamètre sous la Vienne, qui viendra se greffer à cet inventaire d’édifices que les finances des Hauts-Viennois auront à supporter.

« Gouverner, c’est prévoir »

Nous avions estimé le début des travaux à une vingtaine d’années. Le temps de digérer les 50M€ engagés pour la rénovation de Beaublanc, les 40M€ de l’Aquapolis, l’installation de caméras de surveillance à tous les corners de Limoges et l’explosion des effectifs de la police municipale, ainsi que toutes les dépenses somptuaires à venir dont on a préféré vous taire le détail. Seulement, il s’avère aujourd’hui que la nécessité d’une passerelle souterraine sous la Vienne, à hauteur du skatepark, se fait de plus en plus importante.

Et pour cause : « Gouverner, c’est prévoir », justifie avec outrecuidance le maire de Limoges, E-R Lombertie, quand on l’interroge à ce sujet. On n’en saura guère plus. Alors les hypothèses sont nombreuses : mise-t-il sur une explosion démographique dans les prochaines années ? Imagine-t-il Limoges capitale européenne d’ici la fin de sa mandature ? Pense-t-il infiltrer l’économie souterraine par ce biais ? Est-il trop resté au soleil, tout simplement ? Le fait est que les premiers pourparlers ont bel et bien eu lieu pendant l’été, que le projet a été voté lors du dernier conseil municipal – selon les règles démocratiques du scrutin relatif à la fermeture de certaines écoles –, et qu’un appel d’offres a été lancé à la rentrée.

Une facture salée 

À ce marché public très lucratif, tous les géants mondiaux du BTP ont répondu (Bouygues, Vincei ACS, Eiffage…), ainsi que quelques PME locale (entre autres, la SAS Travaux Sanchez, mais avec une échelle) et inexorablement le CSP Limoges, spécialiste en chantier depuis toujours et passé maître dans l’art de colmater les brèches au quotidien.

On a reçu un nombre d’offres considérable,se réjouissait le successeur d’Alain Rodet quelques jours après avoir diffusé l’annonce. Preuve en est que ce projet est viable, qu’il répond à de vrais besoins et satisfera l’ensemble des Limougeauds […] On a encore visé dans le mille. »

Il ajoutait sur le même ton : « Ça sera évidemment à celui qui nous proposera la plus belle maquette. La plus reluisante. La plus pimpante. La facture ? Qu’importe ! On pourra toujours continuer d’amputer le budget de la culture. »

A ce petit jeu, c’est finalement la multinationale Vinci qui a raflé la mise, au nez et à la barbe de ses concurrents mondiaux – les entrepreneurs locaux n’ayant pas fait le poids – contre un chèque avoisinant le demi-milliard d’euros.

« Dans 10 ans, tout le monde nous remerciera » 

Une somme jugée surréaliste par l’opposition, d’autant plus dans un contexte économique relativement difficile, mais il est déjà trop tard. Le contrat est signé, le commencement des travaux est acté pour le printemps prochain : enfin ! Les joggeurs, les promeneurs et les cyclistes limougeauds n’auront plus à emprunter l’A20 – au péril de leur vie – pour rejoindre l’autre côté de la berge.

Bien pensé !

LAISSER UN COMMENTAIRE