Dimanche 30 octobre. L’église catholique connaît, elle aussi, la crise.

Au fil des années, elle voit ses lieux de cultes désertés, vidés et parfois tombés en désuétude et peine à trouver résonance chez les nouvelles générations. L’engouement n’est plus au rendez-vous. Et, comme la loi de 1905 condamne une nouvelle Inquisition, elle doit se résoudre à ne plus enrôler ses hérétiques. Dur !

Les églises sont plus désertes que Saint-Lazare un soir de match du LFC

« A Limoges, l’âge moyen des pratiquants doit être de l’ordre de 75 ans », constate,  à notre micro, le prêtre de l’église Saint-Pierre interpellé en sortie de chicha. On a l’impression de présenter Motus. »

Son homologue de l’église Sainte-Valérie abonde : « Et que dire des taux de remplissage ? Si on dépasse les 20%, on est content. Mais c’est rarement le cas […] On se croirait à Saint-Lazare pour un match du LFC ».

Qu’on se le dise, la messe dominicale est massivement boudée et son reliquat d’adeptes a entamé sa dernière ligne droite. Ha, qu’il paraît loin le temps où l’on faisait l’impasse sur Téléfoot pour une ration d’hostie. Alors, que faire ? Accepter la situation et laisser l’Eglise mourir à petit feu ? Certainement pas, a répondu l’Evêque !

Et de quelle manière. « La priorité des priorités, c’est de rajeunir notre public. D’intéresser les « djeuns », d’éveiller leur sensibilité en adoptant leurs codes et leur langage. […] C’est notre cœur de cible. » Pour ce faire, le Père Turbé a déjà élaboré sa stratégie : « On laisse béton les quinqua’. Eux, c’est dead. On mise sur le long terme en y mettant les moyens. »

 Opération séducation

Cela n’avait échappé à personne, aux Philippines, l’Evêque Falbert San José de Binan avait célébré la messe de Noël en hoverboard. Une initiative louée et tout à fait dans l’air du temps, qui avait immédiatement fait écho aux 4 coins du globe au point de faire des émules à la Cathédrale Saint-Etienne de Limoges.

« Quel est l’artiste en vogue chez les 12-16 ans ?, nous pose ainsi l’Evêque. C’est Jul ! Et comment Jul a séduit son public ? Vous avez votre réponse. »

 Prêcher la messe en vocoder serait ainsi, selon ses dires, la solution miracle pour redorer le blason de la messe du dimanche – « C’est l’outil de communication de masse qui fait fureur chez les ados. On est sûr de notre coup » –, mais l’ingénieux Evêque compte bien étendre son opération séduction aux étudiants.

En effet, il espère aussi faire de la Cathédrale un « after » aux virées du samedi soir, où la frange supérieure viendrait « se finir » avant de regagner son domicile. « On veut être un point de chute au triptyque Chez Nanard-Le Nitro-Les Halles […] Le vocoder pourrait les inciter à faire un crochet avant de rentrer chez eux. »

« On envisage même de remplacer le latin par le verlan ou l’argot »

 Une fois dans la bâtisse, il restera néanmoins à les séduire et les fidéliser. De prime abord, une toute autre paire de manches, mais le Père Turbé a déjà sa petite idée en tête : « Tant qu’à faire, on va peut-être remplacer le latin par le verlan ou l’argot […] Oui, c’est vraiment un virage à 180° qu’on prend. Mais faut qu’on s’adapte à notre nouveau public. »

Subversif, ambitieux, suicidaire, mécréant, ingénieux, etc, les superlatifs n’ont pas manqué quand il a fait part de son ambition, mais qu’importe, l’Evêque est convaincu de sa trouvaille : « On pourra même se permettre de faire payer l’entrée ».

En attendant les premières retombées, une chose est sûre : quelques dents risquent de grincer chez les derniers fidèles. Ou des dentiers.


Crédits photo : Wikipédia

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