Et dire que la semaine dernière, je profitais du calme. Je sais pourtant que ces derniers moments sont précieux, que je devrais les savourer comme cette toute dernière tartine de nutella avant un régime… Mais ça, c’était AVANT !

« MaîtrEEEEEEEEEEEEEEEEsse?? Il faut faire quoi? »
1er Septembre. J’ai demandé à mes petits CP de sortir leur cahier de texte et de l’ouvrir à la page du Vendredi : « Vous sortez votre cahier de texte. Le cahier de texte, c’est le cahier où il y a les jours de la semaine. Et vous l’ouvrez à Vendredi. VVVVVVendredi, c’est le jour qui commence par un V. Ven-dre-di ! », convaincue d’avoir été suffisamment explicite et précise. La suite me prouva rapidement que non.

Mylan sortit son cahier de vacances et Lyess se mit à pleurer.
« – Rose : c’est quoi un cahier de texte?
– Cléa : j’ai pas de cahier de texte.
– Alicia : faut faire quoi ? »

[Bon, ça ne commence pas tout à fait comme je l’avais prévu, mais c’est le début de l’année. Allez, allez, allez.]

Ylis bouda parce qu’il ne voulait pas sortir son cahier de texte et que c’est nul l’école. Assine jugea bon de nous faire partager les tumultes de son quotidien : « Tu sais, et ben à la maison, mon frère il a pleuré ! – Ah d’accord…Et tu as sorti ton cahier de texte? » Et Chania me demanda ce qu’il fallait faire, ce à quoi je répondis naturellement : sortir-son-cahier-de-texte.

[On va y arriver, on va y arriver]

Gaël sortit son cahier de texte [victoire], puis partit jouer [désillusion]. Shaza partit juste jouer [tranquille]. Daron fila, lui, vers la table de Célian pour lui coller une gifle. « Mais c’est parce qu’il m’a regardé !! ». Je punis donc Daron [logique], qui se mit à pleurer [chiant]. Lyess pleurait toujours. Et Célian aussi.
Mais qu’importe, le message était enfin reçu et on allait pouvoir s’y mettre. Ha beh non, je m’étais un peu emballée. Olmar sortit de sa caverne : « J’ai pas de cahier de texte. » Et Chania se réveilla : « Faut faire quoi? »

[Ils le font exprès ?! Où est la caméra-cachée ?]

« Vite maîtresse, PIPI ! » Ca y est, on tient le « Monsieur Pipi » de la classe ! Il s’appelle Naïm [enchanté] et se secoue comme un asticot dans un aquarium. Je répétai ensuite la consigne une DERNIRE FOIS: « On sort son cahier de texte. Celui-là, là, regardez avec les jours dedans avec toutes les couleurs ! Et on cherche la page du Vendredi. Vendredi, ça commence par un V ! »

[Jamais mon sens de la pédagogie n’avait été mis a aussi rude épreuve]

J’écrivis un énorme V au tableau. Je consolai Lyess et Célian. Et je dis à Daron que nous discuterons à la récréation de son comportement et à Shaza et Gaël que ce n’était pas le moment de jouer mais d’ouvrir son cahier de texte à VVVVendredi avec un V !Finalement, tous les enfants ou presque ouvrirent leur cahier de texte à la bonne page. Chouette! « Maintenant, je vous distribue un papier. Vous le collez en haut de la page. Comme ça, là ! »
Et là, alors que je pensais la tempête passée, l’orage derrière nous et le volcan éteint, Rose vint me porter le coup de grâce :
« – Maîtresse…
– Oui ???
– J’ai pas de colle.
– Regarde dans ta trousse.
– Je n’ai pas de trousse.

[Un burnout le jour de la rentrée, ça s’est déjà vu ?]

– Regarde dans ton cartable.
– Chania : maîtresse, j’ai pas de colle non plus !
[Conserve ton calme, maîtresse. Conserve ton calme.] – Regarde dans ta trousse aussi !
– Teri s’enquit : faut faire quoi avec le papier ?
– Raya vint alors à mon chevet [compassion] : bah faut le coller, elle l’a dit la maîtresse !
– On le colle où?
– Sur ton front [rire intérieur, bien nécessaire]. »
Elle me regarda d’un air dubitatif [j’ai réussi mon coup]. Gaël mit le papier sur son front pour faire marrer la classe [j’aurais dû m’y attendre]. Il s’est marré. Il m’a regardée. Il a vu ma tête. Il a arrêté. Grâce vida la QUASI-TOTALITÉ de son tube de colle sur sa feuille. Résultat: elle la déchira et se mit à son tour à pleurer.

[C’est pas une tempête, c’est un ouragan]

Et Assine de relater de nouveau les péripéties de la maison : « Tu sais, et ben mon frère, à la maison, il a pleuré [je dois ressembler à Evelyne Thomas] ». Je ne sais pas si c’étaient mes nerfs qui lâchaient mais j’ai eu envie de rigoler.
Lyess monta alors sa colle tout en haut du tube pour voir jusqu’où ça pouvait aller [classique]… sauf qu’il n’arrivait plus à la redescendre: « Maîtresse ! J’arrive pas à redescendre ma colle ! » La seule solution dans ce cas-là étant de mettre le doigt sur la colle et d’appuyer dessus. Je savais que mon index gauche serait collant jusqu’à la récréation.

[On n’est plus à ça près]

ENFIN : après 15 « MaîtrEEEEEEEEsse, j’ai fini ! », deux arrachages de page, trois décollages de feuilles inexplicablement collées au Mardi, deux « J’ai envie de faire pipi », un « je suis fatigué » et un lancer de trousse jusqu’au plafond, j’ai pu dire aux enfants, non sans un certain soulagement: « Ah ! Il est 10h ! C’est l’heure de la récréation ! » Naïm prit son cartable, tout content, et me salua : c’était bien l’école aujourd’hui ! À demain maîtresse !
J’avoue, j’ai eu envie de faire comme lui…


Desperate maîtresse

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