Histoire inspirée de faits réels et sans trucage de Martin, premier roux à avoir refusé de céder sa place dans un trolleybus.

Lundi 19 septembre. La France n’a pas le temps de s’occuper de ces problèmes, mais la ségrégation anti-roux bat son plein dans nos frontières. Du moins à Limoges. Dans les trolleybus.

Chaque jour, au vu et su de tous, des centaines de petits roux sont coupables de leur rouquinerie. Bruns, blonds, peroxydés et chauves, chacun s’en donne à cœur joie et dicte sa loi dans les transports de la STCL – avec la complicité avérée des chauffeurs et des contrôleurs – et ce, dans l’omerta la plus totale.

Un racisme ordinaire passé sous le silence

Un règlement intérieur officieux a même été édicté : amener son propre siège pliant ; céder sa place si le bus affiche complet ; masquer sa rousseur par une perruque ; respirer par la fenêtre ; présenter ses excuses en montant et descendant, etc. Le tout entremêlé de railleries incessantes et d’humiliations quotidiennes dont on vous passera le détail.

Un climat délétère et abject, aux relents nauséeux d’une période qu’on pensait derrière nous, que les pouvoirs publics locaux réfutent en bloc – « nos trolleybus sont de formidables endroits de mixité sociale et capillaire, où le respect d’autrui et la fraternité sont les maîtres-mots » –, bien qu’alertés par les associations de défense des droits de l’homme et la Ligue des blonds vénitiens, qui leur a témoigné sa solidarité à maintes reprises.

Face à un tel déni des huiles du conseil municipal, l’abolition du racisme anti-roux dans les trolleybus de Limoges sonnait alors comme une douce utopie, fantasmatique et fictionnelle, relevant de La République de Platon.

Martin prend rendez-vous avec l’histoire

Il est 8h47, Martin entre dans l’histoire. « Dis-donc, poil de carotte ! Qui t’a permis de t’asseoir ici ? ». Martin n’esquisse ni mot ni geste. « Ho ! J’te parle le rouquemoute ! ». Impassible. Martin reste impassible. Son mètre 76 recroquevillé sur les écrits d’Albert Jacquard, il conserve un calme olympien. La légende s’écrit en majuscule.

Du fond du bus, jaillit alors une voix salutaire : « Le roux a raison. Laissez-le tranquille. Il souffre déjà assez du reflet de son miroir. » Un silence de cathédrale s’abat sur la ligne 10. Jamais âme qui vive n’avait osé prendre la défense de ces petites gens : « Mais vous n’avez pas honte, vaurien ? Et les autres, vous restez sans rien faire ? » Un sentiment de culpabilité gagne peu à peu les autres voyageurs. Un homme se lève : « Lâche-le ! Je t’ordonne de le lâcher prestement ! ». Déconfit, l’agresseur cherche un soutien dans les regards de l’assistance. Elle ne lui offrira jamais. Elle vient d’épouser la cause de l’opprimé.

La naissance d’un mythe

L’humiliation a changé de camp. L’oppresseur n’a d’autre issue que de battre retraite. Acculé, il décide de mettre un terme à son calvaire à l’arrêt suivant. Limoges tient son Rosa Parks ; Martin vient inscrire son nom aux côtés des notables Nelson Mandela, Gandhi et Jean-Pierre Chevènement, qui, un jour, ont eu le courage de dire « Non ».

Le lundi 19 septembre 2016 fera date dans l’histoire des luttes antiségrégationnistes. Le mythe du Grand Rouquin Blanc est né.


Crédit photo : Libération

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