La question est un peu conne et, à première vue, dépourvue d’intérêts.

Qui de la tranche 18-24 situe la rue Monte à regret ? Personne, ou presque. Enfin si, c’est « la rue en bas du kebab qui fait l’angle de la Place d’Aine ». Mais rares sont ceux à le savoir. Et après tout, quelle importance ? Tout le monde se fout du nom des rues – excepté la rue du Clocher et sa perpendiculaire – la rue Jean Jaurès -. Pour quelle raison ? Parce qu’à Limoges, par commodité et aussi amour de la gastronomie, on se rencarde dans 99% des cas au « Quick du centre-ville ». Et basta.

OUI

Alors, si vous parlez de la rue Monte à regret à un étudiant en 3ème année d’AES, il ouvrira devant vous une bouche « comme ça » et roulera des yeux de merlans frits. Ignares.

Pour la génération Y par contre, elle revêt une signification toute particulière. Non pas que les 25-34 portent de l’importance à la toponymie de l’hyper-centre, mais parce qu’elle avait fait pendant longtemps la part belle au « Testament » : un bistrot des années 2000, qui fit florès pendant la fronde de 2006 où les lycéens limougeauds venaient s’abreuver à grands coups de Jacqueline pour 3 francs 6 sous. La rue Monte à regret sonnait résolument comme « coin branché » de Limoges.

NON

À contrario, pour nos ancêtres,  la rue Monte à regret était plutôt synonyme de purge que de murge. Et pour cause, si vous passiez par là escorté par la brigade, en général, ce n’était pas très bon signe : il ne fallait pas vous attendre pour le dîner ni même la Saint Patrick. Vous partiez tout simplement vous faire zigouiller sur l’échafaud et perdiez, par la même occasion, votre partie Clash of Clans. D’où « Monte à regret ».

Alors, cette rue jadis allégorie du couloir de la mort à Limoges peut-elle, en  2017, être descendue dans une posture aussi irrévérencieuse ? C’est une question qui fait sens finalement. Après tout, pourquoi pas ? Personne ne taxera votre attitude de cynique. D’autant qu’on a bien vu, l’été dernier, des chasseurs de Pokémon  dans les allées de l’ossuaire de Douaumont. Alors à côté, c’est du pipi de chat. Et puis, attend-t-on les vacances d’été pour dépenser l’argent de notre chômage au Champ de juillet ? Non. Et c’est pas comme si on avait eu un évadé fiscal au ministère des finances publiques, hein. Donc bon, question cynisme et inconséquences, on a encore de la marge.

Après, savoir si descendre la rue Monte à Regret en moonwalk présente un réel intérêt, c’est une autre paire de manches. Surtout que tout le monde ne maîtrise pas le moowalk et que les passants ne se garderaient pas de vous taxer de décérébré. Mais bon, vous pourrez toujours leur rétorquer qu’il vaut mieux se couvrir de ridicule à Limoges que d’honneurs à Pyongyang.

A voir

De toutes façons, plus rien ne tourne rond dans cette ville. Vous êtes allés Place des bancs ? On se fout de vous : il n’y a plus de banc. Vous êtes allés Place de la motte ? Il n’y a plus
de motte. Vous êtes allés Place de la République ? Ha si, là, par contre, il y a des Républicains. Ils sont en uniforme bleu, se déplacent pas 5 ou 9 et fond régner la paix, par temps de paix, et veillent à la sécurité des Limougeauds. Enfin, quand il ne pleut pas évidemment.


Crédits photo : Boulevard des Farfelus

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