101Vendredi 30 septembre. En premier lieu, qu’est-ce qu’une maison de tolérance ? C’est simple et vous allez vite comprendre.

Une maison de tolérance, ce n’est en rien une alternative aux centres éducatifs, même si le terme peut porter à confusion, et encore moins aux centres d’insertion et de réinsertion, bien qu’on parle ici aussi d’insertions. Et parfois de réinsertions.

Non. Une maison de tolérance, c’est comme une boite de nuit, à la différence près qu’il faut sortir de sa poche pour une partie de jambes en l’air. Vous allez donc nous dire : « Mais, foncièrement, quelle est là différence avec une boite de nuit, où l’on est contraint de raquer au comptoir pour la même finalité ? »

Et vous aurez raison. Réponse : sur le fond, il n’y en a pas. Cela étant, on ne vous encourage guère à appeler votre rencontre du soir « ma pute » – même si la tentation, après la lecture de cette analogie  hautement édifiante, vous brûlera la langue.

Un caprice du psychiatre-maire de Limoges

Les boîtes de nuit sont licites, alors que les maisons de tolérance ne le sont plus. Du moins, jusqu’à ce jour. Elles ont été interdites en France aux lendemains d’une rixe entre les sbires d’un peintre raté et quelques eurosceptiques (1948). Logique. A force de passer au Gillette Mach 3 Turbo la première un peu trop aventurière, il n’y avait plus grand monde à exposer dans les vitrines.

Limoges, eldorado de la prostitution – comme le rappellent régulièrement TF1 dans ses reportages laudatifs sur le patrimoine local – est donc désert de ces emblèmes historiques et précurseurs, vieux de plusieurs siècles avant le charpentier.

« C’est une anomalie », a fait savoir Emile-Roger Lombertie à ses homologues lors du feu d’artifice du 14 juillet, « qu’il faut rétablir au plus vite […]»

Et pour cause, si Limoges est déjà doté d’un panel conséquent de prostituées, il est aussi vrai que les autochtones renâclent à l’idée de s’arrêter au Champ de Juillet le soir, avec le risque certain d’être tricard par une connaissance. « Leur désir est bien présent, mais la pudeur les en interdit. C’est terrible », analyse avec une grande acuité le psychiatre-maire. « En résulte alors un sentiment profond de frustration, des envies de Jonquera et la dépression. »

« L’homme a des besoins à assouvir. Je sais de quoi je parle »

Il conclut son propos : « L’homme a des besoins sexuels, c’est scientifique. Et ces besoins, il doit les assouvir. » Paroles d’expert.

Restait maintenant à porter l’idée au conseil municipal et convaincre l’opposition. Pas une mince affaire à première vue, d’autant que les relations ne sont pas au beau fixe entre les deux camps. Mais c’était sans compter sur l’habileté de la majorité pour maquiller l’entourloupe.

Sous l’étiquette Centre de Thalaforme et d’Épicure, elle présente alors son projet : « Les Limougeauds ont le moral dans les chaussettes. Sentiment d’insécurité, perspectives limitées, spleen et nostalgie, le Burger King qui tarde à arriver, etc : quand on se promène dans les rues de Limoges, on a l’impression d’être à Tulle. Les mines sont déconfites et la détresse est palpable dans le regard des gens. »

La stratégie des Républicains est claire : le pathos comme technique de persuasion et advienne que pourra. « Si on veut  que la ville ne plonge pas dans la sinistrose la plus totale, il faut que les Limougeauds jouissent d’exutoires pour se détendre et oublier l’étendue de leur malheur […] C’est maintenant. » Les arguments font mouche ; l’opposition ne décèle la supercherie et acquiesce. Les priorités sont ailleurs.

L’opposition n’y voit que du feu

De ce fait, une première maison de tolérance verra le jour sous peu, puis une seconde dans la foulée : « On fera ensuite des enquêtes de satisfaction et un premier bilan, avant d’en ouvrir d’autres. »

Et qu’importent la législation française et les sanctions encourues, le maire termine : « L’équilibre psychologique de mes concitoyens est primordial. Si on veut augmenter la taxe d’habitation, faut d’abord savoir les combler ! » Filou.


Crédit photo : Le Point

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